Pourquoi la Propulsion Nucléaire ?
Par le CA Guilhem-Ducléon
sous-chef d'état-major "matériel" à l'état-major de la Marine
L'énergie nucléaire a ouvert une nouvelle ère de la propulsion des bâtiments en leur donnant une autonomie jusqu'alors inaccessible et en les rendant indépendants de l'atmosphère.Ces faits sont connus, mais les avantages qui en découlent ne le sont pas tous.
Anaérobie et discrétion
Pour la première fois, une propulsion n'a pas besoin d'air, le milieu extérieur fournit uniquement la source froide, soit l'eau de mer ; alors qu'une installation classique se sert de l'air comme comburant et de l'eau de mer comme source froide. Cet avantage est une révolution pour les sous-marins dont la durée de plongée profonde n'est plus limitée. Les conséquences opérationnelles sont de deux ordres : une réduction des indiscrétions visuelles et acoustiques par la suppression des périodes de charge de la batterie au schnorchel, et un acroissement des zones accessibles aux sous-marins, les patrouilles sous la banquise sont par exemple devenues possibles.
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Cet avantage est également fondamental pour un porte-avions, en matière d'autonomie bien sûr mais aussi dans d'autres domaines : suppression des points chauds, meilleure organisation des ponts d'envol, accroissement de la sécurité du navire. Savez-vous que la trajectoire d'un avion en approche à moins de mille mètres sur l'arrière du bâtiment peut être perturbée sur les porte-avions classiques par les gaz chauds et fumées rejetés à l'extérieur ? Ce n'est pas le cas sur un porte-avions nucléaire grâce au caractères anaérobie de sa propulsion. |
Autonomie opérationnelle
Si l'autonomie d'un bâtiment classique est de plusieurs semaines, durée limitée par la capacité de ses soutes, celle d'un navire à propulsion nucléaire se compte en années ; ses contraintes de ravitaillement sont dues aux besoins autres que ceux de la propulsion (munitions, vivres...). Pour l'illustrer, il suffit de se souvenir du tour du monde sans ravitaillement effectué par le porte-avions Enterprise et le croiseur Long Beach et de la mission à Nouméa du SNA Rubis. Deux coeurs suffisent pour assurer la propulsion d'un SNLE pendant toute sa vie.
L'autonomie des navires à propulsion nucléaire
est quasi infinie. Le tour du monde sans ravitaillement
du croiseur Long Beach (ci-dessus) et du porte-avions Enterprise
nous le rappellent. (photo B. Prézelin)
Cette autonomie alliée à la puissance donne aux sous-marins une mobilité inconnue jusqu'alors. Certains lui prètent même le don d'ubiquité. Sans prétendre à ce don, cette qualité a été prouvée lors du conflit des Malouines : la flotte de surface argentine est restée au port pendant toute la durée du conflit après le torpillage du croiseur Belgrano.
La propulsion nucléaire améliore également la souplesse d'emploi d'un groupe aéronaval articulé autour d'un porte-avions : les contraintes sont fortement réduites quand il ne faut plus ravitailler celui qui était le plus gros consommateur et qu'il se transforme lui-même en ravitailleur de son escorte et de son parc aérien en utilisant, pour les autres, la place libérée par ses soutes à combustible. C'est ainsi que le Charles de Gaulle embarque près du double de la quantité de carburant et de munitions d'aviation du Foch pour une taille analogue.
Discrétion et mobilité, suppression de contraintes opérationnelles et souplesse d'emploi expliquent pourquoi les principales marines militaires ont équipé leurs sous-marins et leurs unités de surface les plus importantes de la propulsion nucléaire.