VINGT CHAUDIÈRES NUCLÉAIRES
POUR
UNE MARINE D'AVENIR
Par le vice-amiral Nougué, Inspecteur du matériel naval
Au tout début des années soixantes, quelques rares volontaires s'intéressaient à l'application militaire de l'atome. Ils se composaient d'un tiers d'ingénieurs du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), d'un autre tiers d'ingénieur de la Direction des constructions navales et d'un tiers de marins dont j'étais.
Après les premières vicissitudes liées à l'échec du Q244, premier projet de sous-marin nucléaire qui avorta et donna naissance au sous-marin d'essais Gymnote, les efforts conjugués de tous aboutirent à la construction du prototype à terre d'une chaudière nucléaire (PAT) en 1964.
En 1969, Le Redoutable prenait armement pour essais et un soir de mai nous coupâmes l'alimentation par la terre. Le sous-marin acquérait alors son autonomie électrique. Nous étions une quarantaine dans le très étroit Poste Central Propulsion (PCP) vivant l'aboutissement de longue années de travail acharné, de discussions, de choix délicats, sans expérience mais aussi sans véritables contraintes extérieures. Nous ne mesurons que beaucoup plus tard combien était grande notre chance et notre liberté.
Les patrouilles opérationnelles des sous-marins nucléaires commençaient. Il fallait assurer la permanence sur zone avec deux sous-marins dans le cycle, puis trois ; de joie, on en fit une photo célèbre.
La Bofost et son organisation originale se mettait en place. Après avoir tenu à la mer, il fallait entretenir, bien, et... de plus en plus vite. On constatait alors que nous avions des voisins se réclamant d'un autre atome, celui des armes, avec lequel il fallait cohabiter en bonne intelligence.
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Puis un jour, nous apprenions que le SNLE allait
avoir un petit frère, le SNA ; il progresserait bien en
profitant de l'expérience de ses ainés mais il ne
grandirait pas beaucoup. La famille attendait depuis des années un porte-avions. En vingt-huit ans de nucléaire, j'ai connu plusieurs commandant pressentis et de très nombreux ingénieurs chargés... Aujourd'hui, on peut, sans audace folle, penser qu'avant le prochain millénaire, le porte-avions CHARLES DE GAULLE sera admis au service actif. |
Ce fut une épopée extraordinaire. Certains rôdent encore autour de leurs anciennes amours cherchant quelques auditeurs attentifs pour leur raconter le "bouton de culotte" du Redoutable ou l'assèchement d'un échangeur. La dernière sortie à la mer du Redoutable est déjà envisagée et la liste des inscriptions est paraît-il close.
En 1990, dix sous-marins nucléaires sont en service actif dans la Marine et dix chaufferies sont en essais, construction ou conception. Ce moment nous est apparu favorable pour faire partager cette aventure et surtout pour éclairer l'avenir. Nous nous sommes à nouveau rassemblés pour rédiger ce numéro spécial de Cols Bleus consacré à la propulsion nucléaire.