LE REDOUTABLE (1963 - 1991) : Premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins français

LES ARMES NUCLÉAIRES

Par Yves Ploux

Directeur de programme "têtes nucléaires MSBS" au CEA/DAM


La Direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l'énergie atomique, dont les premiers éléments s'étaient constitués à partir de 1955, eu pour tâche initiale la réalisation d'une charge nucléaire expérimentale dont le tir effectué au polygone de Reggane le 13 février 1960 fit entrer notre pays dans le club des quelques grandes puissances possédant l'arme atomique.

Suivant de près cette phase d'études et d'essais, les premières charges opérationnelles équipèrent à partir de 1964 les avions Mirage IV des Forces aériennes stratégiques ; dans leur versions la plus puissante, ces charges avaient une énergies d'environ 50 kilotonnes.

C'est en 1963 que le Gouvernement prit la décision de construire des systèmes d'armes stratégiques à bases de missiles balistiques : le SSBS (sol-sol balistique stratégique) qui sera implanté au plateau d'Albion et le MSBS (mer-sol balistique stratégique) mis en oeuvre à partir des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins.

Pour la charge du MSBS dont les études débutèrent cette même année, le challenge était considérable.

Il fallait obtenir une énergie de 500 kilotonnes dans des dimensions et une masse pratiquement comparables à celles de la charge Mirage IV dix fois moins puissante.

À cela s'ajoutait la nécessité de fonctionner dans les conditions nouvelles et sévères du vol propulsé du missile et de la rentrée atmosphérique ainsi que l'exigence d'un niveau très élevé de sécurité à bord des SNLE.

La DAM se dota des moyens nécessaires à l'aboutissement de ce nouveau projet.

Aux centre d'études et de fabrication déjà en activité et dont les capacités de calcul expérimental et de production augmentèrent notablement, s'ajouta en Aquitaine, à proximité des établissement de la Direction des engins et de la Sereb, nos proches coopérants, un nouveau centre spécialisé dans la "militarisation" des charges et équipé d'importants moyens de simulation des environnements de toutes sortes rencontrés au cours de la mission : le CESTA (Centre d'études scientifiques et techniques d'Aquitaine).

À partir de 1966, cinq années furent consacrées au développement de la charge nucléaire pour aboutir, à partir d'un avant-projet, à un matériel opérationnel répondant aux spécifications de performances de sécurité et de fiabilité.

Pendant cette période et pour respecter les délais du programme, plusieurs grandes opérations furent conduite de front.


Le tir sous ballon à l'époque des essais de la 1re charge MSBS.
  Parallèlement à la mise au point nucléaire de la charge, domaine des études scientifiques, qui se concrétisa par les tirs au Centre d'expérimentations du Pacifique (CEP) d'un prototype en juillet 1968 et de la charge définitive en juin 1971, furent menées, avec le concours de grandes sociétés industrielles, la réalisation et la qualification au sol et en vol des équipements fonctionnels et des structures mécaniques.

Les essais en vol communs aux programmes missile et charge nucléaire étaient effectués à partir du CEL et du Gymnote ; la DAM eut alors son équipe "navigante" embarquée sur les bâtiments d'Algroupem pour la réception et l'exploitation des télémesures.

La mise en service opérationnel d'une charge nucléaire est une opération d'un caractère rigoureux au cours de laquelle sont répétées en vraie grandeur toutes les opérations de mise en oeuvre à terre comme à bord.

C'est ainsi qu'à partir du mois d'octobre 1970, les installations de montage à l'île Longue et de contrôle à bord du Redoutable furent qualifiées sous le contrôle des commissions de sûreté.

Finalement, le premier lot de seize charges associées aux missiles M1 embarqua sur Le Redoutable en janvier 1972, il y a près de vingt ans.

Un an plus tard, Le Terrible recevait le deuxième lot de charges.

Pendant sept ans, jusqu'à leur retrait du service en 1979, les trente-deux charges MR41 participèrent à la dissuasion nationale à bord du Redoutable, du Terrible et du Foudroyant.

Mais, dès 1968, avec la première explosion thermonucléaire, le futur de l'armement de la Fost s'ébauchait et depuis, au sein de l'organisation Coelacanthe, la Direction des applications militaires a oeuvré pour la modernisation et l'efficacité de cette composante majeure de notre défense.


Explosion souterraine à Mururoa. Depuis 1975, tous les tirs sont effectués en puits, ils sont entièrement confinés.
Seule l'onde de choc est perceptible en surface. (photo CEA/DAM)

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