LE REDOUTABLE (1963 - 1991) : Premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins français

LE REDOUTABLE

VINGT ANS DE PATROUILLES

Par LE REDOUTABLE


UNE VIE BIEN REGLEE - LA VIE A BORD - UNE RETRAITE MERITEE - Sommaire


 

Je m'appelle LE REDOUTABLE, et pendant vingt années j'ai silloné bien des océans. C'est toute une vie d'aventures partagées avec des hommes à mon bord, pour servir une idée simple, dissuader un agresseur potentiel de menacer le territoire français et ses habitants.

Pour cela , mes concepteurs m'ont donné seize armes terribles à têtes nucléaires, des équipements performants et un système de propulsion reposant sur l'utilisation de l'énergie nucléaire. Celle-ci m'a permis de pouvoir me déplacer avec une grande autonomie et une discrétion parfaite.

UNE VIE BIEN REGLEE

Bien qu"elle ne fut pas de tout repos, ma vie, comme celle des hommes embarqués, a été réglée selon un rythme parfaitement défini et régulier. Deux équipages servaient à tour de rôle à mon bord : L'équipage bleu et l'équipage rouge.

Après une patrouille opérationnelle dont la durée a augmenté tout au long de ma vie, passant progressivement de 55 à 70 jours environ, l'équipage bleu me ramenait au port de l'île Longue et passait la suite à l'équipage rouge qui me prenait en charge. Les "bleus" partaient alors en permission pendant cinq à six semaines, les "rouges" s'occupant de moi, me dorlotant, avec le concours de la DCN et le soutien logistique de l'île Longue, pour me préparer à reprendre la mer à 100% de mes capacités. Au bout de trois semaines, c'était enfin le départ.

Accompagné par des bâtiment de surface qui m'ouvraient la voie, je me dirigais au large, vers mon point de plongée. En cet endroit choisi par mon commandant, je quittais alors la surface des flots, et je ne revoyais plus le soleil avant de longues semaines.

Vingt et un jours après notre départ, les "bleus" reprenaient l'entraînement pour six semaines afin de revenir à bord avec toutes leurs capacités

Après soixante-dix jours de mer, j'étais de retour dans mon havre de l'île Longue. L'équipage bleu m'attendait sur le quai au garde-à-vous : L'émotion partagée par tous était presque palpable. Un cycle s'achevait, un autre commançait, toujours renouvellé et pourtant à chaque fois différent.

LA VIE A BORD

À l'intérieur de ma coque cylindrique de 128 mètres de long et de 10,50 mètres de diamètre, j'ai toute la place pour pouvoir accueillir non seulement les matériels, les équipements et les armes nécessaires à mon fonctionnement ainsi qu'à l'accomplissement de ma mission, mais encore pour loger avec un confort suffisant tous les marins qui les mettent en oeuvre.

Mais vivre à 135 en vase clos, dans l'espace restraint de ma coque épaisse, demande santé et équilibre. Aussi tous les marins embarqués à mon bord, comme sur tous les SNLE, sont volontaires et soigneusement sélectionnés.

L'équipage vit pendant une patrouille au rythme des quarts par tiers. La permanence de l'action doit s'exercer avec la même vigilance de jour comme de nuit. En dehors des huit heures de quart quotidien, le personnel de chaque tiers doit aussi assurer mon entretien courant, le poste de propreté et celui des équipements embarqués, opérations de maintenance et éventuellement de dépannage. Il pourra enfin dans le temps qui lui restera se nourrir, se reposer et se distraire.

 
La cafétaria, lieu de restauration ou de détente.


La cuisine attenante à la cafétaria.

  Périodiquement au cours de la patrouille, l'ensemble du personnel est rappelé à son poste de combat pour s'entraîner grâce à un programme de simulation du lancement des missiles.

Si je reste totalement muet, je ne suis pas sourd et les membres de mon équipage sont informés des événements important par des synthèses de presse, et de la vie de leur famille par des familigrammes, courts messages hebdomadaires de vingt mots. Toutes ces informations concourent à maintenir l'excellent moral que demande la mission.

D'autres détails de la vie quotidienne y contribuent : La pratique du sport, malgré l'espace restreint que je leur offre, a ses adeptes : gymnastique, musculation, vélo d'appartement, punching ball voire course à pied autour des tubes lance-missiles qui ne rappellent que de très loin les fûts des chênes des forêts bretonnes.

Enfin, les talents du cuisinier et du boulanger sont les bienvenus : Rien de tel que l'odeur des croissants au petit matin pour commencer la journée du bon pied.

UNE RETRAITE MERITEE

En vingt ans de patrouille, deux mille cinq cents hommes m'ont été affectés. Il s m'ont servi avec compétance, à l'abri de ma coque épaisse. Vingt capitaines de frégate et capitaines de vaisseau ont été nommés à mon commandement par quatre président de la République (liste des commandants). Grâce à ces marins de tous grades et de toutes spécialités j'ai parcouru l'équivalent de 3,3 fois la distance de la terre à la lune ; j'ai passé onze années à la mer, dont dix en plongée. J'ai effectué près de soixante patrouilles.

Cols Bleus rédaction
Dernière rentrée de patrouille (photo APP Brest - SM Quentric)

Au cours de ma longue existance, trois grands carénages m'ont permis de refaire à chaque fois peau neuve, et j'ai connu successivement trois types de missiles nucléaires, le M1, le M2 et le M20.

Aussi, pour moi, le temps est venu de me retirer et de laisser à mes cinq frères bientôt rejoint par LE TRIOMPHANT le soin de poursuire la mission.

Arrivé au terme de ma vie, fixé par le hommes, car je me sens encore jeune et capable, une douce nostalgie m'envahie quand je repense à tous ceux qui, connus ou inconnus, ont travaillé pour que je devienne et que je demeure l'instrument indispensable de la sécurité de la Nation et le symbole de la dissuasion française, en particulier à l'ouvrier anonyme qui entreprit la soudure des deux premiers tronçons de ma coque.

Je ne parviens pas à en vouloir à ceux qui dans quelque temps arracheront définitivement à mes entrailles ce coeur nucléaire qui a battu pendant vingt années de patrouilles.

Retour en haut - Retour au sommaire